L’appel du fjord
Par Valérie Nimal, mardi 2 octobre 2007 à 12:19 :: La boîte à soupirs :: #44 :: rss
Elle
Une île, un fjord. Une femme se réveille. Elle entend une voix au loin. La lune a gonflé dans la lucarne. Les volets claquent. En travers du lit conjugal, la silhouette du mari, recroquevillée. Elle sort de la chambre, quitte la maison pour se rendre au bord de l’eau. À l’embarcadère, les bateaux se frôlent.
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Une île, un fjord. Une femme se réveille. Elle entend une voix au loin. La lune a gonflé dans la lucarne. Les volets claquent. En travers du lit conjugal, la silhouette du mari, recroquevillée. Elle sort de la chambre, quitte la maison pour se rendre au bord de l’eau. À l’embarcadère, les bateaux se frôlent.
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La voix résonne et détache les syllabes. Marianne. C’est son nom prononcé au cœur de l’été, qui l’attire jusqu’à la rive. Marianne, dit un homme adossé au bateau. De son torse, elle reconnaît le contour, la largeur. De ses mains qui se tendent comme des filets et l’enserrent en un mouvement brusque, l’épaisseur. Deux jours plus tôt, il l’avait regardée au marché matinal, alors qu’elle choisissait des soles. Un regard si lourd qu’elle n’avait pas pu relever la tête. Rentrée chez elle, en nettoyant les poissons, elle avait eu un vertige ; l’odeur similaire de ses doigts dans sa chair, quand elle se caresse et ce geste du pêcheur qui emballe les soles comme des organes précieux. L’odeur et le geste, les deux entremêlés l’avaient fait chavirer. Deux jours. L’attente avait fermenté, s’était muée en désir.
Lui
Les volets ont claqué si fort que le mari s’est réveillé. Il se lève, les verrouille. Quand il réintègre le lit, Marianne n’y est plus. Pris d’un coup de sang, il enfile une veste. Cherche sa femme, elle doit être dans la salle de bain, ou dans la cuisine, sur le canapé, elle n’y est pas, il inspecte la cour, toujours rien, il descend jusqu’au fjord. Elle est peut-être en bas, à l’embarcadère. Ce qu’elle peut passer des heures à les regarder, ces rafiots, comme si tôt ou tard, l’un d’eux finirait par l’emporter. Là où elle veut aller, il ne sait pas. Marianne est si secrète, elle ne s’est jamais plainte, ne l’a jamais repoussé, en pleine nuit ou le dimanche après l’office.
Un jour, seulement, elle a dit je vais partir. Elle a soutenu son regard et ajouté : en voyage. C’était juste une petite phrase, dite comme ça. Une petite phrase, un poison dans les veines.
Il a la peur au ventre, depuis que l’été règne et fait tourner les têtes. On a tellement attendu les beaux jours, l’été est si court, on sort, on danse, sans plus voir la différence entre nuit et jour, solstice, juillet, août, on s’enivre, on chante, on s’affale. Après la Saint-Jean, les jours sans nuit se succèdent à un rythme effréné, on n’a plus le temps de se poser. La lumière du fjord aveugle les maris trop confiants. Mais lui, devant l’embarcadère, il aperçoit sa femme dans les bras d’un autre.
Elle
Dans les mailles du filet, elle ne se débat pas. L’homme soulève la robe de coton, l’enlève. Emporte la femme à l’eau. Cambrures, chevelure ruisselante sur peau bleutée. Les corps glissent, s’imbriquent, elle frétille. Ils plongent.
Sur le sable, le pêcheur la possède sous les yeux du mari caché derrière une barque. L’été court en Scandinavie.
Lui
Les volets ont claqué si fort que le mari s’est réveillé. Il se lève, les verrouille. Quand il réintègre le lit, Marianne n’y est plus. Pris d’un coup de sang, il enfile une veste. Cherche sa femme, elle doit être dans la salle de bain, ou dans la cuisine, sur le canapé, elle n’y est pas, il inspecte la cour, toujours rien, il descend jusqu’au fjord. Elle est peut-être en bas, à l’embarcadère. Ce qu’elle peut passer des heures à les regarder, ces rafiots, comme si tôt ou tard, l’un d’eux finirait par l’emporter. Là où elle veut aller, il ne sait pas. Marianne est si secrète, elle ne s’est jamais plainte, ne l’a jamais repoussé, en pleine nuit ou le dimanche après l’office.
Un jour, seulement, elle a dit je vais partir. Elle a soutenu son regard et ajouté : en voyage. C’était juste une petite phrase, dite comme ça. Une petite phrase, un poison dans les veines.
Il a la peur au ventre, depuis que l’été règne et fait tourner les têtes. On a tellement attendu les beaux jours, l’été est si court, on sort, on danse, sans plus voir la différence entre nuit et jour, solstice, juillet, août, on s’enivre, on chante, on s’affale. Après la Saint-Jean, les jours sans nuit se succèdent à un rythme effréné, on n’a plus le temps de se poser. La lumière du fjord aveugle les maris trop confiants. Mais lui, devant l’embarcadère, il aperçoit sa femme dans les bras d’un autre.
Elle
Dans les mailles du filet, elle ne se débat pas. L’homme soulève la robe de coton, l’enlève. Emporte la femme à l’eau. Cambrures, chevelure ruisselante sur peau bleutée. Les corps glissent, s’imbriquent, elle frétille. Ils plongent.
Sur le sable, le pêcheur la possède sous les yeux du mari caché derrière une barque. L’été court en Scandinavie.




Commentaires
1. Le mercredi 3 octobre 2007 à 12:29, par fanche
2. Le mercredi 3 octobre 2007 à 14:34, par VN
3. Le mercredi 3 octobre 2007 à 17:44, par Guite ( du Maroc )
4. Le mercredi 3 octobre 2007 à 17:45, par freddo
5. Le mercredi 3 octobre 2007 à 17:51, par fredddo
6. Le jeudi 4 octobre 2007 à 09:25, par Prax
7. Le jeudi 4 octobre 2007 à 10:55, par VN
8. Le jeudi 4 octobre 2007 à 10:59, par VN
9. Le mercredi 10 octobre 2007 à 15:45, par rosa
10. Le jeudi 11 octobre 2007 à 10:41, par VN
11. Le mardi 16 octobre 2007 à 20:25, par Marie-M
12. Le mercredi 17 octobre 2007 à 14:06, par VN
13. Le mardi 23 octobre 2007 à 15:37, par Marthe
14. Le mardi 23 octobre 2007 à 16:26, par VN
15. Le jeudi 25 octobre 2007 à 14:07, par VN
16. Le vendredi 26 octobre 2007 à 04:28, par capitainequebec
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